"ce chauffard ne pouvait s'en tirer comme ca!"
En voyant le conducteur responsable de la mort de son petit garçon continuait de conduire, Laetitia a décidé d'agir...
Le plus dur c'est le silence qui me surprend chaque matin au réveil. Un instant,je me dis que je vais entendre la voix de Timéo m'appeler "maman, maman!", qu'il va se jeter sur mon lit et se blottir contre moi. Mais rien. Désormais, il n'y a que le silence, omniprésent, insupportable. Oui, il y a encore un an,ma vie était pleine de voix d'enfants. Il y avait Timéo, et aussi ces petits dont je m'occupais comme assistante maternelle.
Et puis un jour, tout a basculé...C'étais le 3 avril de l'année dernière. Je revenais du relais d'éveil avec Timéo, mon fils, Maël et Simon, deux enfants que je gardais. Nous marchions tous les quatre sur le trottoir quand,brusquement,une voiture a reculé sur nous à toute allure. Ca s'est passé tellement vite!Je me souviens que j'ai senti la main de mon fils s'arracher à la mienne...Le bolide l'avais percuté.
Quand les pompiers sont arrivés, ils ont emportés Timéo dans une ambulance. Je gardais espoir car, avant de le quitter, j'avais posé ma main sur son ventre et il bougeait. Mais vingt-cinq minutes plus tard, c'est le maire de notre village en personne qui est venu m'annoncer: "C'est fini!" J'ai hurlé:"Ce n'est pas possible, rendez-moi mon fils,je veux mon fils!" Je ne l'ai vu que deux heures plus tard, à l'hôpital. Il avait l'air si beau, si paisible,mon doudou. C'était comme s'il dormait. J'étais sûre qu'il allait se réveiller. Alors,j'ai posé ma main sur son ventre. Mais, cette fois,c'était fini. Timéo ne respirait plus.
Cette douleur qui vous crève le coeur à vous en couper le souffle, je ne la souhaite à personne. J'ai cru que j'allais perdre la tête, que je ne pourrais plus vivre. Et je n'arretais pas de m'en vouloir. Je n'avais pas été capable de le protéger!
Lelendemain, je suis retourné sur les lieux de l'accident pour y déposer des fleurs. Et ce que j'ai vu, je n'en reviens toujours pas. Une voiture était en train de se garer, la même qui avait tué mon fils. Et au volant, le même homme âgé, le même chauffard! En fait, il avait été entendu par la police et aussitôt relaché. Mon avocat m'a expliqué qu'il n'y avait rien d'exceptionne à cela. Le chauffeur avait fait une fausse manoeuvre, c'était un accident. Seulement, moi, je ne comprenais pas pourquoi les gendarmes n'avaient même pas retirer son permis à cet homme de 76 ans qui n'avait visiblement pas tous ses réflexes! Oui,j'avais la rage.A lors que la vie de mon fils s'était arrêtée, et la mienne avec, pour cet homme-là, c'était comme si rien ne s'était passé!
Les semaines suivantes, Jean-Baptiste, mon mari a tout fait pour me soutenir. Mais notre deuil, nous l'avons vécu de maniere differente. Il voulait tourner la page, ne plus penser à ce qui était arrivé. Il ne supportait pas de voir des photos de notre fils. Moi, au contraire, j'avais besoin d'en parler. C'est pour cette raison que j'ai commencé a ecrire un blog sur Internet. J'y ai téléchargé des photos, des vidéos. Je parlais de Timéo, de mes peines, de ma colère contre ce chauffard, j'y expliquais la fausse manoeuvre stupide de ce conducteur. Depuis cinquante ans,il avait l'habitude de "dégazer" sa voiture, comme il l'a précisé dans sa déposition. "Dégazer", c'est appuyer sur l'accélérateur à l'arrêt pour décrasser le moteur. Ce jour-là, par erreur, il a passé la marche arrière.
Régulièrement, j'allais déposer des fleurs à l'endroit où Timéo avait perdu la vie. Un jour,je me suis de nouveau retrouvée nez à nez avec ce chauffard qui habitait juste en face. Et ce jour là, il dégazait encore, en plein milieu de cette zone pleine d'enfants. J 'ai craqué et filé droit chez les gendarmes. Là, on m'a expliqué qu'en cas d'homicide involontaire, s'il n'y avais pas de fautes aggravantes, comme la prise d'alcool ou de stupéfiants, la loi ne prévoyait pas de retirer le permis de conduire . Révoltée, j'ai voulu dénoncer cela. J'ai écrit un peu partout: à la préfécture, aux ministères, même au Président de la République.
Jean-Baptiste,l ui, n'approuvait pas mes démarches. Il avait peur que je souffre plus encore. Mais moi,je ne pouvais pas faire autrement, les images de l'accident je les revivais jour et nuit. A chaque bruit de sirène, je sursautais. Je me poait mille questions. En France, on passe son permis une fois pour toutes. Pourquoi n'impose-t-on pas de visite médicale aux conducteurs, au moins à partir d'un certain âge? Pourquoi n'y a-t-il plus aucun contrôle par la suite?
A côté de ça, je me disais: je ne suis plus capable de veiller sur des enfants. Du coup, j'ai arrêté d'exercer mon métier pour me consacrer à mon blog et à mon combat: que ce qui est arrivé à mon fils ne se reproduise plus jamais!
Tous les jours, je recevais des dizaines et des dizaines de courriels d'encouragements. Chaque fois que c'était possible, je demandais aux parents de donner le plus d'amour possible à leurs enfants. Et ils me répondaient.
Un jour, j'ai reçu un message d'un internaute: "Grâce à Timéo, je profite aujourd'hui a deux cent pour cent de mes enfants! Merci à vous." J'en ai eut les larmes aux yeux! Un peu plus tard, j'ai décidé de faire circuler une pétition pour faire changer la loi. En quelques mois, j'ai reçu pas moins de cinquante milles signatures! Huit mois après l'accident , le 10 décembre, le procès a enfin eut lieu. Cela a été un moment très pénible, trèsdur. Il m'a fallu de nouveau affronter la vue de cet homme qui n'a jamais exprimé le moindre remords. Malgré la demande du juge,il n' a même pas daigner s'adresser à nous. Deux mois plus tard le verdict est tombé. Il a été condamné à douze mois de prison avec sursis, et son permis lui a été retiré. Mais ma plus grande fierté, c'est que le mois suivant, j'ai reçu un courrier de l'Elysée me signifiant que , dorénavant, les conducteurs responsables d'un homicide involontaire se verront automatiquement retirer leur perrmis de conduire, même sans fautes aggravantes! Bien sûr, cela ne me rendra pas mon fils ni le bonheur qui était le mien.
Peu à peu, le fossé s'est creusé entre Jean-Baptiste et moi, au point que nous avons fini par nous séparer. A 24 ans, je me sens vide. Je n'arrive plus à m'imaginer mère à nouveau ni avoir envie de reprendre mon métier d'assistante maternelle. Il me reste que ce lourd silence qui s'abbat sur moi chaque matin quand j'ouvre les yeux, un silence sans fin, san la moindre voix d'enfant.....
Laetitia
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